© 2019 Adeline Demesy

Éditeur : BoD-Books on Demand GmbH

12-14 rond-point des Champs-Élysées, 75008 Paris

Impression : Books on Demand GmbH, Norderstedt, Allemagne

Illustration : Adeline Demesy

ISBN : 9782322244041

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Un rêve pour noël

Eva ferma le magasin comme à son habitude à 19 h 15. Les flocons continuaient à tomber dehors. On était le 24 décembre et cela faisait un bon moment que l’hiver était au rendez-vous. Pas besoin d’aller dehors par ce froid glacial pour rentrer chez elle ; Eva habitait dans l’appartement situé au-dessus de la boutique.

Un an plus tôt, après avoir visité plusieurs logements, elle avait eu le coup de cœur pour ce T4 et avait ainsi pu monter son commerce comme elle l’avait toujours rêvé : un petit local au rez-de-chaussée aménagé pour y vendre ses fleurs, et son chez-elle, situé juste au-dessus ; le tout dans un appartement de 110 m2, et qui plus est, situé en plein cœur de la boucle à Besançon.

Cela faisait deux ans qu’elle s’était lancée dans l’inconnu et avait décidé d’arrêter sa carrière de secrétaire commerciale pour réaliser son projet de fleuriste. Difficile pour cette jeune femme de reprendre ses études à trente-trois ans, pourtant son rêve fut concrétisé. Il avait fallu qu’elle développe son commerce, mais Eva devait avoir une bonne étoile au-dessus de sa tête car en seulement six mois, les clients affluaient déjà à son magasin, qu’elle avait baptisé « Jardin Eva-sif ». Elle avait choisi le lieu idéal pour que son affaire fonctionne car son entrepôt donnait juste sur le Doubs ; la vue y était magnifique et l’endroit très fréquenté par les citadins.

De plus, son local était toujours bien ornementé. Eva adorait jouer avec les couleurs. Chaque mois, le magasin bénéficiait d’une décoration avec une couleur dominante. Pour le mois de décembre, il s’agissait de lampions rouges et blancs ainsi que de peluches d’ours polaires entreposés entre les plantes. Il y avait également des guirlandes rouges et jaunes accrochées au-dessus du comptoir et aux fenêtres. Ce lieu était un vrai paradis pour ses clients.

À toute période de l’année, Eva allumait des bougies et de l’encens, si bien qu’en plus de l’odeur des fleurs, il flottait ce délicat parfum qui détendait les esprits.

Après avoir fermé le rideau de fer du magasin, Eva rentra chez elle. Elle trouva sa fille déjà installée devant la télévision à regarder une série de la chaîne Gulli.

— Joséphine, j’espère que tu as avancé dans ton passeport1? La fillette, âgée de neuf ans, avec un sourire charmeur, acquiesça.

Elle était mature pour son âge, sa maman l’ayant élevée seule. Le papa était un bel homme rencontré onze ans auparavant lors de vacances estivales à Rome.

Eva avait rencontré cet inconnu lors d’une visite organisée à la Chapelle Sixtine.

Ils avaient poursuivi leur idylle jusqu’à la fin de leur séjour puis s’étaient fait leurs adieux… Eva était fiancée et Mathieu, marié…

Ils avaient donc décidé d’un commun accord de mettre fin à leur histoire, si passionnante fût-elle.

Mais après plusieurs semaines, Eva avait découvert qu’elle était enceinte. Il était hors de question pour elle de prévenir son amant ; elle venait de rompre avec son fiancé et ne se voyait pas se remettre dans une histoire et surtout, elle pensait que Mathieu ne serait pas d’accord de reconnaître l’enfant.

Elle garda donc le bébé et accoucha d’une magnifique petite fille qu’elle prénomma « Joséphine », en mémoire de sa grand-mère adorée. Envers et contre tous, elle décida d’élever seule son enfant.

Comme un fait exprès, lorsqu’elle était au collège, elle se plaisait à dire à ses amies « quand je serais grande, je serai une mère célibataire ». Eh bien, les anges avaient dû l’entendre.

— Joséphine, tu as hâte d’ouvrir tes paquets ? Demanda Eva à l’enfant.

— Maman, tu sais très bien ce que je veux pour Noël, répondit tristement Joséphine.

Eh oui, Eva savait très bien ce que voulait sa fille ; elle voulait connaître l’identité de son papa. Depuis un an environ, Joséphine fouillait dans les papiers d’Eva à la recherche d’un prénom, d’une photo. Et quand elle demandait à sa mère, celle-ci lui répondait qu’elle ne savait pas où vivait son papa et qu’elle ne connaissait que son prénom. Ce qui était malheureusement la vérité.

Quand Eva regardait sa fille, elle voyait Mathieu. Les premières années, Joséphine ressemblait à Eva : cheveux châtain foncé très fins, le teint mat, et un petit nez en trompette. Maintenant, elle avait en plus ce sourire ravageur ainsi que les yeux en amande, couleur noisette, de son père.

« Mathieu, comme tu étais beau… » se mit à penser Eva.

***

Il arriva par l’autoroute A36 et se dirigea au rond-point direction Besançon. Il y avait peu de trafic, pourtant, c’était la veille de Noël. Il était parti précipitamment de Fleury et conduisait prudemment, les flocons tombant en rafale sur la voiture. Il n’avait pris qu’une valise et n’avait pas pensé à emporter des vêtements chauds, étant habitué à un climat plus doux. Et là, à 19 h 30, il faisait nuit noire, il neigeait abondamment et le thermomètre affichait -2 °C. « Quel sale temps… » bougonna-t-il. Il regarda son GPS, il ne lui restait plus que quinze minutes avant d’arriver à destination.

Il était parti sans se retourner, laissant sa femme et son chien. Cela faisait bien longtemps que le couple ne communiquait plus.

Elle travaillait en tant qu’infirmière dans un hôpital à Narbonne et lui était cadre commercial itinérant. Pris tous les deux par leurs activités respectives, ils se croisaient tout juste le weekend quand elle n’était pas d’astreinte. Puis, au fil des années ils s’étaient éloignés et ne partageaient plus rien.

Ils n’avaient pas voulu avoir d’enfant, chacun appréciant son indépendance et sa liberté, ce qui les avait sans doute conduits à cette situation. Ils avaient donc d’un commun accord décidé de divorcer. Il lui avait tout laissé : maison, voiture et son adorable Bouvier Bernois, baptisé « Magnolia », comme la fleur rose et blanche poussant en Italie qu’il adorait.

En ce mois de décembre 2016, il voulait repartir à zéro et retrouver la femme qu’il avait aimée passionnément.

***

Eva venait de raconter une histoire à Joséphine. Depuis son plus jeune âge, la lecture du soir était devenue une tradition.

La fillette adorait les contes de fées. Ce soir, elle avait eu le plaisir d’entendre l’histoire de « La Belle au Bois Dormant ».

— Maman, peut-être qu’un jour papa reviendra et t’embrassera et ça te réveillera… Ça nous réveillera…, dit la fillette avant de fermer ses yeux et de se recroqueviller dans son lit.

Eva resta pensive « cette enfant me surprendra toujours ». Joséphine avait le don de faire des sous-entendus, faisant innocemment passer des messages.

Se pouvait-il qu’elle retrouve un jour Mathieu ? Elle ne connaissait que son prénom. Elle savait qu’il habitait dans le sud de la France et qu’à l’époque de leur rencontre, il était vendeur dans une entreprise d’outillages.

Et puis, il avait dû poursuivre sa vie d’homme marié et devait avoir deux voire trois enfants maintenant. Non, leur histoire n’avait été qu’une belle poésie des soirs d’été…

***

Mathieu se demandait à quoi pouvait ressembler Eva aujourd’hui.

Il se souvenait de leur première rencontre. Ce qui l’avait séduit, c’était l’assurance de la jeune femme. Elle était accompagnée de deux amies, lorsqu’il l’avait remarquée lors d’une excursion. Elle avait parié avec ses amies qu’elle demanderait à ce bel inconnu de passer une soirée avec elle. Elle s’était avancée sans crier gare vers lui et l’avait interpelé : — Ça vous dirait de passer une soirée avec une belle inconnue ?

Lui, troublé, n’avait pu qu’accepter sa proposition plus que surprenante.

Ils avaient ainsi poursuivi leur soirée au restaurant de l’Hôtel. Elle l’avait séduit par son humour, son imagination débordante et surtout elle avait ce sourire magnifique accompagné d’une seule fossette. Lorsqu’elle riait, plus rien autour de lui n’existait.

Ce soir-là, il ne voyait qu’elle…

Il l’avait raccompagnée à sa chambre d’hôtel et tel un gentleman, il avait essuyé la proposition de rentrer pour boire un café.

À partir du lendemain, ils ne s’étaient plus quittés.

Il se souvenait de leur première nuit ensemble. Eva avait rejoint Mathieu dans sa chambre d’hôtel située à l’opposé de la sienne mais dans la même résidence « Bellesuite Rome ». Ils étaient comme deux adolescents qui allaient faire l’amour pour la première fois. Cette nuit, il s’en souvenait comme si c’était hier… Il n’avait jamais ressenti autant d’émotion pour une femme, pas même sa propre femme. Leur nuit avait été passionnelle, fusionnelle, magique. C’était à partir de ce soirlà, qu’il était tombé éperdument amoureux d’elle.

Le dernier jour des vacances, il voulait tout abandonner pour aller la retrouver mais la jeune femme lui avait fait comprendre qu’elle ne souhaitait pas poursuivre leur relation. Elle était fiancée. Lui, était marié, mais prêt à quitter sa femme pour celle qu’il disait aimer sincèrement.

Eva en avait décidé autrement…

Mathieu était nostalgique à ces mémoires du passé et quelque peu stressé aussi. Il allait retrouver celle qu’il n’avait jamais cessé d’aimer depuis toutes ces années. Il se demandait comment Eva allait réagir. Mais surtout, il se lançait dans l’inconnu. De toute façon, il n’avait plus rien à perdre…

Il s’interrogeait. Était-elle mariée ? Avait-elle eu des enfants ? Qu’était-elle finalement devenue ?

Il avait retrouvé sa trace grâce au réseau social Facebook, par l’intermédiaire d’une des deux amies qui accompagnaient Eva lors de leur voyage. Il avait eu l’audace de lui envoyer un message pour avoir son nom et son adresse. L’amie en question, Caroline, ne la fréquentait plus depuis des années, ayant déménagé. Elle se souvenait qu’elle avait quitté son fiancé dès son retour d’Italie. Et ensuite, Caroline avait quitté la région du Doubs pour suivre son amoureux en Bretagne.

Elles s’étaient perdues de vue.

Mathieu avait donc obtenu le nom de famille de la jeune femme, elle s’appelait « Eva Mounier » ainsi que son adresse de l’époque et un numéro de téléphone.

Il avait tenté de la retrouver sur Facebook mais Eva ne possédait pas de profil.

Il avait essayé de la joindre par téléphone mais le numéro n’était plus attribué.

Heureusement, il avait regardé dans les pages jaunes et avait trouvé sa nouvelle adresse.

***

Eva s’installa confortablement sur son rocking-chair avec un bon livre. Elle lisait en ce moment un polar d’Harlan Coben, « Une chance de trop ». Elle observait tantôt les flocons tombés en cascade contre la fenêtre, tantôt les illuminations du sapin de Noël. Plusieurs paquets cadeaux étaient posés devant l’arbre. Tous les papiers étaient rouges, se mêlant bien avec la couleur des boules et des guirlandes.

Elle avait fait un feu dans la cheminée et allumé des bougies, comme à son habitude. Elle se sentait tellement bien dans son appartement.

Lorsqu’elle avait quitté Patrick, son fiancé de l’époque, elle était revenue habiter chez ses parents. Elle avait donc passé plusieurs années dans une partie de leur maison, aménagée de façon qu’elle et Joséphine soient indépendantes. Le père d’Eva avait rénové une partie de la ferme afin qu’elles aient chacune leur chambre, un séjour cuisine et une salle d’eau. Elle y avait vécu presque deux ans.

L’appartement où elles vivaient désormais, avait cette particularité de dégager une atmosphère de sérénité. Eva avait enfin trouvé sa voie et vivait heureuse avec sa fille. Elle avait connu certes plusieurs hommes depuis toutes ces années mais elle n’avait pas éprouvé ce beau sentiment qu’est l’amour.

Maintenant, elle habitait seule mais avait cette désagréable impression qu’il lui manquait quelque chose… Ou plutôt… Quelqu’un…

***

Mathieu approchait de sa destination et ressentait comme une boule dans sa poitrine. Il se gara sur le parking du marché des Beaux-Arts.

Il trouva les illuminations de la ville magnifiques… Féeriques. Une grande roue monopolisait la place.

Après quelques minutes, il se sentit plus serein, plus détendu, comme s’il était dans un chapitre de conte de fées.

Il emprunta une ruelle. Son pouls s’accélérait au fur et à mesure qu’il se rapprochait de chez elle…

« Mon amour, j’arrive » pensa-t-il.